Introduction de culture des grains de chia dans la zone de santé de Kirotshe, territoire de Masisi.
En juin 2023, WEC-Congo, une organisation féminine a été sélectionnée par Action pour le Bien-être commun « ABCom » dans le cadre d’une mise en œuvre du projet « Réponse d’urgence en santé sexuelle et reproductive, prévention et prise en charge des cas de Violences Basées sur le Genre, ainsi qu’en protection contre l’exploitation et les abus sexuels dans la province du Nord Kivu ». C’est projet s’inscrit dans le cadre du partenariat entre WEC-CONGO – ABCom – UNPA – CERF.
Vu son expérience, l’organisation WEC-CONGO s’est vit confié la mission de relever économiquement 50 survivantes des Violences Basées sur Genre dans la Zone de Santé de Kiroshe en territoire de Masisi dans la province du Nord-Kivu.
Ainsi, deux grandes activités visant le renforcement du pouvoir économique et appui financier aux femmes survivantes des VBG en zone de santé de Kirotshe ont été retenues. Il s’agit :
- Appui des AGR des survivantes des VBG.
Il est question d’appui en cash des AGR des bénéficiaires pour leur permettre d’accéder aux revenus. Elles sont également groupées dans des Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit pour qu’elles soient à mesure d’épargner à travers les parts qu’elles contribuent hebdomadairement et d’accéder aux crédits sans beaucoup d’exigences.
- Initier les bénéficiaires à la culture des graines de chia compte tenu de ses bienfaits pour la santé liée aux maladies chroniques telles que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète et le cancer mais aussi le fort intérêt économique qu’elle présente.
Les bénéficiaires reçoivent des outils aratoires, les semences des graines de chia. Un champ de démonstration pour leur apprentissage est disponible. Chaque bénéficiaire a son champ qu’elle cultive avec la supervision d’un Agronome.
I. LES GRAINES DE CHIA (Salvia hispanica L)
1.1 Introduction et justification du choix de la culture
A nos jours, la réduction des matières grasses dans les aliments est une préoccupation majeure. Suite à cette préoccupation, le marché de la demande augmente pour les produits à faible teneur en matières grasses. Cette tendance est motivée par la volonté de réduire le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de cancer qui augmente avec l’obésité. Selon l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS), l’obésité touchait plus de 1400 millions d’individus adultes dans le monde en 2008. En effet, de nombreuses stratégies ont été employées pour réduire le poids corporel au sein de la population, mais une stratégie réussie à long terme est un objectif clinique non atteint. Les thérapies pharmacologiques actuelles visant à la perte de poids ont une efficacité limitée et sont entravées par des effets indésirables importants. Par conséquent, un paradigme de comportement alternatif facile à mettre en œuvre et susceptible de réduire le poids corporel tout en offrant des avantages pour la santé au-delà de la perte de poids est nécessaire de toute urgence. Le succès relatif de la gestion diététique pour induire une perte de poids a été plus fréquemment attribué à l’adhésion d’un individu au régime hypocalorique prescrit qu’à des proportions relatives de macronutriments, ou même à des régimes alimentaires particuliers. Ainsi, au cours de dernières décennies, les plantes continuent d’être la source importante de composés pour la santé humaine.
Champ de démonstration à SAKE, groupement KAMURONZA, territoire de MASISI,Superficie : 10 000 m2
C’est dans ce contexte que la consommation du chia (Salvia hispanica L.) a augmenté au fil des ans, compte tenu de ses bienfaits pour la santé liée aux maladies chroniques telles que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète et le cancer. Originaire du Sud du Mexique et du Nord du Guatemala, le chia est cultivé par les populations depuis des milliers d’années et il figurait parmi les principales plantes cultivées par les anciens peuples mésoaméricains. Les Mayas et les Aztèques utilisèrent les graines de cette ancienne oléagineuse communément connue sous le nom de « suage chia » et « suage espagnole » comme aliment. Actuellement, les graines de chia présentent un fort intérêt économique pour les industries alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques en raison de ses composants fonctionnels. En effet, la graine de chia contient environ 0,32 g d’huile/g de graine ; 0,28 g de fibres/g de graines, 0,21 g de protéines/g de graines et 0,05 g de cendres/g de graines, et l’huile de chia contient la plus forte proportion d’acide α-linolénique (0,6 g/g d’huile) provenant de toutes les sources végétales connues. Une évaluation récente des propriétés du chia et de ses utilisations possibles a montré qu’il a une teneur élevée en huile (32 %) et que 60 % de celle-ci est constituée d’acide linolénique, un acide gras appelé oméga-3 associé à divers avantages pour la santé des consommateurs. En effet, les principaux composants de l’huile de chia sont les triacylglycérols, dans lesquels les acides gras (AG) monoinsaturés (principalement l’acide oléique) et polyinsaturés (AGPI, acides linoléique et α-linolénique) sont présents en grande quantité. Cependant, malgré la popularité des graines de chia qui a augmenté au cours de ces 13 dernières années, cette culture demeure inconnue pour un bon nombre d’agriculteurs dans certaines régions du monde.
Champ de démonstration à SAKE, groupement KAMURONZA, territoire de MASISI, Superficie : 10 000 m2
En République Démocratique du Congo (RD Congo), les études en rapport avec cette culture restent fragmentaires. Cette contrainte se pose avec acuité dans la province du Nord-Kivu située à l’Est de la RD Congo où la culture de chia est très récente et n’as pas encore fait objet de diverses études. Tout de même, en province du Nord-Kivu, cette culture se popularise à dernier temps et elle fait d’ailleurs objet de la promotion pour l’organisation WOMEN FOR EQUAL CHANCES-CONGO. Bien qu’actuellement, les avantages nutritionnels de la graine de chia ont été appréciés et ses avantages pour la santé reconnus, parfois à partir de preuves scientifiques bien étayées et d’autres à partir d’allégations basées sur des traditions et des croyances populaires, il y a lieu de s’interroger sur les perceptions des agriculteurs du milieu rural du Nord-Kivu vis-à-vis de cette culture. En effet, les logiques et les perceptions des agriculteurs vis-à-vis d’une culture donnée constituent un pilier important pour la vulgarisation. Car cette culture pourrait constituer une alternative pour lutter contre la pauvreté dans cette région qui a plus de conflictualités armées récurrentes, reste confronté à la phase 3 d’insécurité alimentaire selon les récentes évaluations de Integrated Food Security (IPC) du dernier trimestre 2023.
1.2 Description Botanique de la plante
- Famille : Lamiacées
- Type : annuelle
- Origine : Mexique
- Couleur : fleurs blanches ou pourpres
- Semis : oui
- Bouture : non
- Plantation : printemps
- Récolte : automne
- Hauteur : jusqu’à 1 m
1.3 Sol et exposition idéales de la culture
Avec un rendement entre 2.5 – 3,5 Tonnes/ hectare, Salvia hispanica se cultive en plein soleil dans un sol bien drainé, assez humide lors des semis afin de permettre la germination, en mettant un accent particulier sur la tombée de la pluie jusqu’à 1 mois après le semis.
Photo de récolte dans le champ de démonstration à Sake, province du Nord-kivu par les bénéficiaires sous l’accompagnement de WEC-CONGO
1.4 Période de semis de la culture
Comme toute plante céréalière, le chia nécessite également une attention et importance particulière dans le respect du calendrier agricole au même titre que le maïs selon le décalage saisonnier de chaque bassin de production de la zone où nous avons fait nos premières expérimentations (Nord Kivu).
Champ de démonstration (semi en ligne) par WEC-CONGO à Sake/ zone de santé de kiroshe
1.5 Conseil d’entretien et de culture de la chia
Si la graine de chia a besoin d’humidité pour germer et lever, par la suite, elle supportera très bien les épisodes de chaleur, voire de sécheresse, sans nécessiter de fréquents arrosages.La chia a une préférence pour le plein soleil. Assurez-vous que les plantes bénéficient d’au moins 6 heures de soleil par jour pour une floraison optimale. La plupart de variétés tolèrent aussi un environnement ombragé, mais leur croissance en sera impactée, tout comme le nombre de fleurs développées.
Photo de sarclage dans le champ de démonstration par les bénéficiaires avec l’accompagnement de WEC-CONGO.
1.6 Maladies, nuisibles et parasites de la chia
La chia craint surtout le gel pendant son développement. Pour palier à cela, il suffit de bien respecter la période de semis conformément au début du calendrier agricole de chaque zone.
1.7 Variétés conseillées de chia pour planter au jardin
Les variétés cultivées en Amérique du Sud (également en Australie) sont diverses. Si on ne cultive pas Salvia hispanica fréquemment, c’est du à la trop courte période sans gelées qui ne permet pas aux variétés habituelles d’aller jusqu’à la production de graines. Chez nous, dans notre projet et nos communautés, faisons la culture et vulgarisation de d’une variété adaptée aux conditions édapho-climatiques de la région (Nord Kivu), qui conserve toutes ses qualités nutritionnelles : Salvia hispanica L. Cette variété, non OGM, peut même aisément être cultivée en bio, sans beaucoup de difficulté au cours de son développement.
1.8 Approche marche adoptée par WEC-CONGO
Les projets et programmes de WEC-Congo encouragent une approche intégrée de développement des systèmes de marché qui responsabilise davantage les familles et les communautés rurales, optimise la structure de la chaîne de valeur au bénéfice des producteurs comme des consommateurs et participe ainsi à l’amélioration des revenus des familles de petits exploitants bénéficiaires de ce projet en cours. Nous mettons en œuvre une approche systémique en matière de développement de marché en connectant les producteurs aux fournisseurs d’instants de bonne qualité, les accompagner techniquement jusqu’à la récolte et assurer la bonne gestion poste récolte et leur connecter à des marché potentiels et concurrentiels afin de pouvoir ramener en haut leur niveau économique. Les approches « traditionnelles » de développement de la chaîne de valeur ne réussissent que de manière limitée à avoir un impact durable, en raison du fait que les bénéficiaires ne sont pas assez associés, en amont, aux autres acteurs de la chaîne de valeur. Concrètement, les concepts systémiques d’interconnexion, d’interdépendance et d’interaction des éléments du système, et ses rétroactions inhérentes qui encouragent ou freinent le changement, imposent aux praticiens du développement de marché de tenir compte des acteurs clés, des relations entre ceux-ci et du contexte qui influence leur comportement et leurs interactions sur le marché. Pour introduire des changements systémiques sur le marché de notre filière (CHIA), nous avions élaboré une vision pour un système de marché plus efficace, plus inclusif et plus équitable et de coopérer à différents niveaux avec des acteurs clés du marché afin de réaliser cet objectif de manière autonome et indépendante en collectivité chefferie des BAHUNDE, territoire de MASISI.
2. LE PARTENARIAT DU PROJET
2.1. Women for Equal Chances – Congo
L’inégalité des chances entre les hommes et les femmes en République Démocratique du Congo (RDC), les méfaits persistants des guerres et des conflits (qui affectent les filles et les femmes de façon disproportionnée), les injustices auxquelles les femmes font face au quotidien, le désespoir que vivent des centaines de milliers de filles abandonnées ou orphelines, la sous-estimation et le mauvais traitement dont sont victimes les femmes et les filles dans les familles, les milieux éducatifs et professionnels, sont les principales raisons qui ont poussé l’équipe passionnée de WEC-Congo (Women for Equal Chances-Congo) à créer une organisation protégeant les droits fondamentaux des filles et des femmes. Son objectif global est de promouvoir en RDC une société juste, sûre et prospère fondée sur l’égalité des chances entre hommes et femmes, et entre garçons et filles.
2.2. Action pour le Bien-être commun
La promotion, défense et protection des droits humains en général et particulièrement ceux de la femme et des enfants font partie des secteurs d’intervention d’ABCom. En effet, pour elle (ABCom), le bien-être de la personne humaine passe avant tout par la reconnaissance ; le respect, l’exercice et la jouissance de ses droits sans discrimination de race, sexe, âge, religion…. C’est pourquoi, l’aspect droit humain apparait comme un secteur transversal clé sur lequel reposent toutes ses actions. Stratégiquement, ABCom est convaincue que la meilleure façon de faire respecter, promouvoir et défendre les droits humains consiste à les faire reconnaitre aux titulaires. C’est dans cette logique qu’elle procède régulièrement au renforcement des capacités et sensibilisation des femmes, enfants (les adolescents) sur leurs différents droits et instruments juridiques qui les consacrent.

